La gravure et les femmes ;)

La gravure est l'une des plus anciennes techniques artistiques, et elle continue de nous fasciner jusqu'à aujourd'hui. Les femmes, généralement bannies du monde de la création, étaient également reléguées de cette pratique. Néanmoins, nous pouvons trouver un bon nombre de femmes qui nous ont légué leurs gravures exemplaires.


Maria Sibylla Merian
Maria Sibylla Merian

La gravure, tout comme le dessin, a longtemps fait partie de l'éducation des femmes. Notamment la "gravure musicale", qui était pratiquée dans les foyers au 19e siècle et qui consistait à graver des partitions manuscrites sur des plaques de cuivre. À cet égard, il convient de mentionner que la gravure était considérée comme particulièrement adaptée aux femmes "en raison de leur condition et de leur tempérament" (voir par exemple Léon Lagrange, 1860).


Pourquoi était-ce le cas ? Eh bien, parce qu'on a fait valoir que la gravure était un travail d'amateur, parce qu'il s'agissait d'images plutôt petites, et parce que leur reproductibilité leur donnait moins de valeur aux yeux des critiques d'art. En outre, leur proximité avec le dessin permet de l'associer au féminin dans la mesure où la plupart des femmes s'adonnent au dessin. Le fait est que les femmes étaient actives dans la gravure dès ses origines, c'est-à-dire dès le milieu du 15e siècle.


Angelica Kauffman, Portrait en demi-longueur d'une femme, avec un enfant tenant une pomme, 1763
Angelica Kauffman, Portrait en demi-longueur d'une femme, avec un enfant tenant une pomme, 1763

Au XIXe siècle, Henrietta Louise Koenen, épouse du premier directeur du Cabinet des estampes du Rijksmuseum d'Amsterdam, était très intéressée par l'acquisition d'estampes de femmes artistes. Ces œuvres vont du XVIe siècle, représenté par une gravure sur bois de Marie de Médicis, fille du grand duc de Toscane, Francesco Ier de Médicis, au XIXe siècle, où l'on trouve une gravure coloriée à la main de Madame Andre.


De nombreux graveurs étaient des aristocrates, comme Sofonisba Anguissola, le peintre de la cour du roi Philippe II. Anguissola a utilisé sa liberté et sa position privilégiée pour se plonger dans cette exploration artistique. Elle réalise des gravures de scènes domestiques et romantiques, liées au genre historique et mythologique (réservé aux hommes en tant que genre le plus élevé). Un autre exemple est celui de la princesse Sophie de Saxe-Cobourg-Saalfeld, tante de la reine Victoria, dont on connaît deux gravures qu'elle a réalisées à l'âge de 17 ans. La reine Victoria a même pratiqué la gravure elle-même, représentant des scènes domestiques tranquilles de sa vie royale. En parlant du royaume, une autre artiste qui s'est aventurée dans ce domaine est Marie-Anne d'Autriche, fille de François Ier, empereur du Saint Empire romain germanique, et de l'impératrice Marie-Thérèse. Son aquatinte de 1772 montre un groupe d'hommes combattant le feu avec des seaux d'eau dans l'obscurité de la nuit, éclairés par une torche.

Princesse Sophie de Saxe-Cobourg-Saalfeld, "Une feuille d'esquisses et d'études : Deux Figures, Huit Têtes, un Cheval, Deux Fleurs", 1795)
Princesse Sophie de Saxe-Cobourg-Saalfeld, "Une feuille d'esquisses et d'études : Deux Figures, Huit Têtes, un Cheval, Deux Fleurs", 1795

Nous pouvons également mettre en avant les femmes bourgeoises qui ont gagné leur vie avec des imprimés. Des femmes comme Maria Sibylla Merian, qui, dès le XVIIe siècle, a étudié les chenilles et les papillons, illustrant leurs processus d'évolution dans The Wonderful Transformation of Caterpillars.


Un autre cas peu connu est celui des sœurs Marie et Louise Danse, bien intégrées dans les cercles symbolistes belges vers 1900 et qui exposent dans la section gravure du Salon de Paris de 1889 à 1904. Leurs carrières nous permettent de considérer la gravure comme une stratégie féminine qui leur a permis de s'intégrer dans ces milieux artistiques dominés par les hommes. Formées par leur père, Auguste Danse, qui fonde à Mons un atelier entièrement consacré à la gravure à ses frais, Louise et Marie Danse sont, avec leur collègue et amie Élisabeth Wesmael, les premières femmes à bénéficier d'un enseignement spécifique de la gravure.


Louise Danse, Dans l’atelier (d’après Alfred Stevens), [s. d.]
Louise Danse, Dans l’atelier (d’après Alfred Stevens), [s. d.]

Avant de conclure, quelques chiffres peuvent nous aider dans notre recherche de femmes graveurs : en Grande-Bretagne, entre 1880 et 1930, 15% des membres de la Royal Society of Painter-Etchers étaient des femmes. En 1919, 15 % des membres inauguraux de la Society of Graphic Art étaient également des femmes. De même, le New York Etching Club a reçu son premier membre féminin en 1888.


En bref, les femmes graveuses ont toujours été là. Ils ont trouvé dans cette technique un créneau où ils pouvaient se développer compte tenu de sa nature ambiguë, de telle sorte qu'elle ne génère pas de soupçons qu'une femme ait décidé de se consacrer à la gravure.


Vous aussi, vous pouvez faire partie du groupe des femmes graveuses, et nous nous réjouissons de vous voir dans nos ateliers de gravure à partir de mars !


Sources :

  • Allison Meier, "Remembering Forgotten Female Printmakers from the 16th to 19th Centuries", Hyperallergic, 2015.

  • Lucía Laumann, “Alrededor de la prensa. Las grabadoras en Buenos Aires, entre los talleres y las exhibiciones (1909-1950)”, Georgina Gluzman, catalogue de l'exposition El canon accidental, 2021.

  • Colección Gelonch-Viladegut, “Mujeres grabadoras de la Edad Moderna”

  • Charlotte Foucher Zarmanian, “Aux femmes surtout la gravure. La reproduction dans l’œuvre de Marie (1866-1942) et Louise Danse (1867-1948), artistes symbolistes”

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