Les femmes au #MoyenÂge

À une époque où l'artiste était au service de Dieu et où sa renommée et sa reconnaissance n'avaient pas de sens, l'art produit à cette époque était souvent dépourvu de signature. Sculptures, fresques ou livres enluminés en sont quelques exemples. Créés par des hommes ou des femmes, leur nom, dans la plupart des cas, n'est pas resté. Cependant, il est possible de retrouver certains des noms de ces femmes artistes.



Au Moyen-Âge, selon l’historienne médiéviste française Régine Pernoud, c’est l’effervescence de la société pour le christianisme qui permet à la femme d’acquérir la reconnaissance du statut de « personne ». C’est cette reconnaissance de pouvoirs spirituels accordés aux femmes qui explique le nombre de femmes artistes au Moyen-Âge, et notamment d’abbesses, qui possédaient le droit de créer, mais toujours en lien avec le sacré. Ainsi, les femmes ont pu œuvrer aux côtés d’hommes dans des domaines artistiques comme l’enluminure, la broderie ou encore les lettrines.


De ce fait, les moines, aussi bien que les nonnes, se consacraient à l’activité de l’enluminure des manuscrits, une activité artistique très emblématique du Moyen-Âge qui consiste, une fois le texte calligraphié par la copiste, à réaliser des décors qui illustrent les écrits à l’aide de poudres d’or et de pigments de couleurs. Bien que quelques noms d’artistes obtiennent une renommée publique, la très vaste majorité des œuvres réalisées à l’époque reste encore aujourd’hui inconnue. Seule une dizaine de noms de femmes artistes ayant enluminé des manuscrits demeurent connue à ce jour : Ende (nonne du Xe siècle), Guda (nonne du XIIe siècle), Anastaise (enlumineuse du XVe siècle), Diemode (enlumineuse allemande du XIIe siècle) ou encore Claricia (laïque employée dans un scriptorium de Bavière au XIIIe siècle) en font partie. Ces femmes peuvent donc enfin créer grâce au contexte religieux de l’époque qui favorise l’émergence de nombreux couvents, lieux d’apprentissage et de culture. En plus de pouvoir acquérir une éducation culturelle, chose qui n’était pas possible pour les femmes auparavant, les couvents sont aussi une alternative acceptable au mariage.


Effectivement, pour pouvoir rentrer au couvent, une dot était également exigée. Cette requête explique donc pourquoi les nonnes sont généralement issues de classes supérieures ou de la haute bourgeoisie. Entrer au couvent peut alors être vu comme un premier pas vers l’émancipation des femmes qui par la suite pouvaient diriger des écoles, des hôpitaux ou bien gérer les terres du couvent en s’occupant des nécessiteux. Au XIIIe siècle, l’enluminure devient une activité laïque, mais cela n’empêche pas les femmes de continuer à œuvrer aux côtés de leurs pères ou maris. C’est le cas pour la fille de Maître Honoré et celle de Jean le Noir nommée Bourgot, qui étaient de célèbres enlumineurs de l’époque.


Il faut bien noter cependant que les femmes artistes sont présentes également dans bien d’autres domaines tels que la musique, l’écriture ou l’édition de livres.


Malheureusement, dans l’Europe du XIe siècle, la politique de la Réforme grégorienne menée sous l’impulsion de la papauté afin de redresser l’Eglise annonce déjà le déclin des couvents comme lieux de transmission de la culture et de pouvoir pour les femmes, leur gestion passant aux mains des abbés. L’Eglise devient plus stricte, et il est difficile pour les femmes artistes de continuer à créer en toute liberté. Non loin de cette crise religieuse, sous le Royaume de Germanie des Ottoniens, les couvents demeurent des lieux de culture, le plus souvent dirigés par des femmes issues de familles nobles ou royales. Ceci explique sans nul doute pourquoi les plus grandes œuvres de femmes du Moyen-Âge nous proviennent d’Allemagne. Parmi ces femmes artistes reconnues on retrouve aisément l’abbesse, poétesse, enlumineuse et auteure de la plus grande encyclopédie illustrée du Moyen-Âge : Herrade de Landsberg (entre 1125 et 1130 – 1195) ; mais surtout Hildegarde de Bingen (1098-1179), une religieuse bénédictine compositrice et femme de lettres franconienne.


Le XIIe siècle fut un tout autre tournant pour les femmes. La montée en puissance des centres urbains, mais également du commerce, des échanges et des universités métamorphosa considérablement le quotidien des femmes. Elles participent alors très activement à la vie économique. En ville, elles travaillent notamment dans le commerce, surtout dans les secteurs du textile et de l’alimentation considérés comme le prolongement des activités domestiques. On retrouve également les femmes à la boulangerie, et dans les industries de fabrication laitières et de bière, des domaines dans lesquels les femmes sont en majorité. A la campagne, ces dernières continuent d’aider leurs maris à faire la moisson et la fenaison. Les veuves peuvent désormais mener les affaires de leurs maris et se sont même faites acceptées par les corporations, soit les associations d’artisans. Cependant, même si les femmes exercent de véritables métiers, cela n’en fait pas d’elles l’égal de l’homme, qui prédomine toujours. Elles souffrent notamment -problème qui va vous sembler familier- de salaires très inférieurs à ceux des hommes, tant à la ville qu’à la campagne.


Connais-tu ces femmes artistes et écrivaines du Moyen Âge ?


Ende


Elle était une enlumineuse espagnole et une illustratrice de manuscrits du Xe siècle, qui a anticipé le style roman. Elle est la première femme peintre connue et documentée en Europe. Il est probable qu'elle était une religieuse et qu'elle vivait dans le monastère de Zamora de San Salvador de Tábara (Royaume de León), centre d'une importante école d'écriture et de miniature qui a prospéré jusqu'à près de l'an 1000. Il comptait plus de 600 moines et moniales, sous une administration commune, et était le centre d'importants auteurs et artistes tels que Magius, Emeterius et Senior. D'autres historiens pensent qu'elle a pu être une religieuse au monastère de Santa María la Real de Piesca, à Liébana.


En tout cas, elle a appris à peindre dans le scriptorium d'un monastère. C'est là qu'elle a enluminé le Beatus de Gérone, avec le Commentaire sur l'Apocalypse de Saint Jean compilé par le moine Beatus de Liébana en 786. Il est possible qu'elle ait également travaillé sur un autre codex, dont aucun souvenir n'a été conservé.


Le manuscrit sur lequel Ende a travaillé pendant des années est conservé dans la cathédrale de Gérone. D'où son nom. Il se compose de 284 folios de grand format en écriture wisigothique et de 115 images, dont beaucoup sont en pleine page et peintes à la détrempe avec une grande richesse de couleurs, supérieure à celle des autres codex enluminés de l'Espagne du Xe siècle.


L'enluminure créée par Ende illustre magnifiquement les visions de saint Jean. Elle est de style mozarabe et mélange, dans ses lignes, des éléments de l'art islamique et de ses traditions décoratives avec des éléments de ce qui sera appelé plus tard le style roman. Il est particulièrement remarquable pour son intégration de la géométrie, des couleurs vives, des sols décorés et des figures stylisées.



Guda


Guda était une nonne du couvent de Weissfauen en Allemagne, copiste et illustratrice de manuscrits, qui est considérée comme la première femme à avoir peint un autoportrait, au XIIe siècle.


Parallèlement à la peinture, elle a réalisé un autoportrait dans une lettre initiale d'un Homiliaire (recueil d'explications familiales des Évangiles) dans l'Homiliaire de Saint-Barthélemy (aujourd'hui à la Deutsche Nationalbibliothek de Francfort).


À côté de cet autoportrait, il a écrit une inscription : Guda peccatrix mulier scripsit et pinxit hunc librum, c'est-à-dire "Guda, un pécheur, a écrit et illustré ce livre".


Les historiens reconnaissent Guda comme l'une des premières femmes de la civilisation occidentale à laisser un autoportrait comme signature.



Hildegarde de Bingen


Hildegard est née à Bermersheim en 1098 et était le dixième enfant d'un couple marié de la noblesse locale. Ses parents, Hildebert von Bermersheim et Mechtild, décident de la consacrer à Dieu en tant que "dîme" et la confinent au monastère de Saint-Disibodo sous la tutelle d'une religieuse nommée Jutta, qui lui enseigne les bases du latin et de la théologie. Hildegard, délicate et maladive, dès l'âge de six ans, prétendait voir des choses hors du commun. Elle était une sainte allemande, compositrice, écrivain, philosophe, scientifique, naturaliste, médecin, polymathe, abbesse, mystique, chef monastique et prophétesse.


Elle est connue pour avoir été proclamée Docteur de l’Eglise par le pape Benoît XVI en 2012, faisant d’elle la quatrième femme Docteur de l’Eglise catholique. Ce titre lui a été reconnu afin de mettre en exergue l’exemplarité de sa vie mais aussi de ses écrits, jugés comme un véritable modèle pour tous les catholiques. Dans les divers écrits religieux dont elle est l’origine on retrouve plus de 70 chants, une pièce de théâtre religieuse, un traité composé de neuf ouvrages sur la nature, des traités de mystique contemplatives comme Le Liber divinorum operum mais encore pleins d’autres ouvrages illustrés dont son très célèbre Scivias, décrivant ses 26 visions mystiques et narrant l’histoire de la foi et du salut.


Parmi les ouvrages religieux qu'Hildegarde a écrits, trois ouvrages de nature théologique se distinguent : Scivias, sur la théologie dogmatique ; Liber vite meritorum, sur la théologie morale ; et Liber divinorum operum, sur la cosmologie, l'anthropologie et la théodicée. Cette trilogie constitue le plus grand corpus de l'œuvre et de la pensée du visionnaire rhénan. Le nom Scivias est une forme abrégée du latin "Scito vias Domini" qui signifie "Connais les voies du Seigneur". Cette œuvre s'inspire d'une vision qu'Hildegarde a eue à l'âge de quarante-deux ans, c'est-à-dire vers 1141, dans laquelle elle affirme avoir été témoin d'une théophanie qui lui commandait d'écrire ce qu'elle percevait.



Teresa Dieç

Teresa Diez, le premiere grand peintre de l'histoire de l'art espagnol, est peut-être née dans la première moitié du XIVe siècle. Teresa Dieç a développé son activité artistique dans la province de Zamora entre 1320 et 1350, probablement en tant que religieuse. Son style est ce qu'on appelle le style gothique linéaire ou franco-gothique, au sein de l'école de Salamanque d'Antón Sánchez de Segovia.


En 1955, des fresques murales sèches ont été retrouvées par hasard dans le monastère des religieuses de Santa Clara de Toro (Zamora), signées par elle avec la phrase suivante : "TERESA DIEÇ ME FECIT". Malgré cette signature, certains historiens de l'art continuent de nier sa paternité sur la base des armoiries adjacentes, affirmant qu'elle était en fait un mécène. Cependant, il est presque certain que Teresa Díez était issue d'une riche famille noble et qu'elle était donc non seulement l'auteur de l'œuvre mais aussi celle qui l'a payée.


Les fresques représentent trois cycles : le cycle de la vie du Christ, le cycle de la vie de Sainte Catherine d'Alexandrie et celui de Saint Jean Baptiste. En 1962, toutes les peintures murales de l'église des Clarisses ont été restaurées, transférées sur toile et se trouvent maintenant dans l'église de San Sebastián de los Caballeros à Toro.




Sources :

  • Feather-mag

  • Lever du soleil

  • Mujeres mirando mujeres

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